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Golfe du Lion

Au 15 septembre :

62

jours

sur Janjak

500

milles nautiques

navigués sur la Méditerranée

De Marseille au golfe de Fos-sur-Mer

15 et 16 septembre

Ce mardi 15 septembre, nous quittons le Vieux-Port de Marseille en direction de la Camargue. Il n’y a ni vent ni vagues : la mer est parfaitement lisse. Nous commençons donc la navigation au moteur.  Nous profitons de ce calme pour bricoler en route. Nous devons percer des trous dans les pare-battages d’angle achetés à Marseille afin de pouvoir les fixer à l’arrière de Janjak. Nous installons celui de tribord, mais il faudra déplacer le vélo à bâbord avant de pouvoir fixer le second. 

Nous avançons jusqu’à la baie de Figueres, où nous jetons l’ancre pour déjeuner et profiter des conditions particulièrement calmes. 

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Le mouillage est magnifique et l’eau est transparente jusqu’au fond. Sans vent, il fait encore bien chaud. Pour le déjeuner, nous mangeons froid : wraps et tomates cerises.  Comme l’eau est très belle et que, pour une fois, nous ne sommes pas pressés, nous en profitons pour nous baigner. Cela ne nous était plus arrivé depuis l’Italie, avant le départ de Zoë. Avec les derniers épisodes de mistral, la température de l’eau a nettement baissé. Elle est fraîche, mais reste très agréable. 

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Au large, nous apercevons plusieurs voiliers qui semblent profiter d’un peu plus de vent. Au moment de repartir, nous décidons donc de nous éloigner de la côte pour essayer d’en trouver à notre tour.  Le vent reste faible et nous choisissons de hisser le gennaker. Pendant environ une heure, nous avançons à peine au-dessus de 2 nœuds, avec une dérive d’environ 15° vers la côte. Malgré notre faible vitesse, cela fait vraiment plaisir de pouvoir enfin couper le moteur et avancer en silence, uniquement grâce au vent. 

En chemin, nous apercevons d’énormes poissons bondir hors de l’eau. Ils sont trop éloignés pour que nous puissions les identifier, mais leur taille nous fait penser à de gros thons.

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En approchant du golfe de Fos-sur-Mer, le paysage et la navigation changent complètement. Le trafic de navires de commerce devient important et nous devons tenir compte des chenaux de circulation, marqués par des bouées, et de plusieurs zones à éviter. Nous préférons donc replier les voiles et rallumer le moteur afin de rester plus manœuvrants.

Nous visons un mouillage pour la nuit à proximité du canal Saint-Louis, qui permet d’accéder à Port-Saint-Louis-du-Rhône. Le mistral doit se lever le lendemain vers midi, avant d’être suivi par la tramontane (vent venant du nord, descendant la vallée du Rhône). Nous prévoyons donc de passer quelques jours au port en attendant de meilleures conditions.

L’accès au mouillage est assez long et le décor est très différent de tout ce que nous avons connu jusque-là. D’immenses infrastructures industrielles bordent le golfe, l’eau est verte, des paquets d'algues flottent, le fond est vaseux et des fumées s’échappent de certains bâtiments et navires.

Nous suivons un long chenal avant d’atteindre notre mouillage, près d’une digue et le long des parcs ostréicoles. Nous sommes peu nombreux à avoir jeté l’ancre ici. 

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Au crépuscule, nous remarquons la présence de nombreux petits insectes volants, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de Janjak. Nous fermons rapidement portes et fenêtres. C’est la première fois, en dehors des épisodes de pluie ou d’orage, que nous nous enfermons complètement dans le bateau.

Mais il est déjà trop tard !

Nous essayons de travailler sur le blog au milieu d’une invasion de petits insectes volants et de quelques moustiques : pas de doute, nous sommes arrivés en Camargue. Rapidement, cela devient compliqué. Nous les chassons et les éliminons par dizaines, mais ils sont attirés en permanence par la lumière. Nous finissons par abandonner le blog et décidons d’éteindre pour aller nous coucher. 

En passant aux toilettes, Etienne entend alors de petits impacts sur la fenêtre, semblables à des gouttes de pluie. En regardant de plus près, nous découvrons qu’il s’agit en réalité des insectes. Dehors, ils sont des centaines, certains venant frapper les vitres pour tenter de rejoindre la lumière à l’intérieur.

Au réveil, Nouille est pressée de sortir. Elle n’a pas l’habitude de rester enfermée toute la nuit et aime généralement aller se promener sur le bateau dès le petit matin. De notre côté, nous sommes beaucoup moins pressés d’ouvrir : les insectes sont toujours nombreux.  La nuit a également été particulièrement humide. Une multitude de petits insectes sont maintenant collés un peu partout sur le bateau, en plus de tous ceux qui continuent à voler autour de nous. 

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Mais le décor au réveil mérite tout de même de sortir. Une brume épaisse nous entoure, au-dessus d’une mer parfaitement plate, alors même que le vent commence doucement à se lever. L’ambiance est très différente de tout ce que nous avons connu jusqu’ici.

Nous devons également préparer Janjak pour notre arrivée au port, installer les pare-battages et préparer les amarres. Pour nous protéger à la fois de l’humidité et des insectes, nous enfilons nos vêtements de quart : veste pour Amandine et salopette pour Etienne. Il ne fait pourtant pas froid, mais le bateau est trempé et les insectes sont absolument partout.

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Le vent semble se lever plus tôt que prévu. Nous contactons donc le port pour savoir s’il est possible d’arriver avant midi. La réponse étant positive, nous levons l’ancre.  Nous empruntons alors le long canal Saint-Louis, entre le golfe et le Rhône. Le port est séparé du fleuve par une écluse, que nous n’avons pas besoin de franchir. Le décor nous donne davantage l’impression de naviguer sur un fleuve qu'en Méditerranée. Après plusieurs mois de côtes rocheuses et d’eau bleue, nous découvrons une ambiance complètement différente, et c’est très agréable d’expérimenter de nouvelles ambiances. 

À notre arrivée au port, nouvelle expérience : pour la première fois, nous devons nous amarrer le long d’un catway, un petit ponton perpendiculaire au quai principal qui longe une partie du bateau. Il n’y a donc pas de pendille comme dans les ports que nous avons fréquentés jusqu’ici.  Avec le vent qui souffle, nous devons rapidement comprendre comment répartir correctement les amarres pour empêcher Janjak d’avancer, de reculer ou de pivoter dans son emplacement. Une fois encore, la manœuvre se déroule très bien et nous parvenons à amarrer efficacement Janjak dans sa nouvelle place. 

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Port-Saint-Louis-du-Rhône

Du 16 au 21 septembre

Après notre amarrage et un passage à la capitainerie, nous décidons d’aller directement déjeuner dans une petite brasserie à proximité du port. La ville semble assez petite et globalement peu animée, mais les terrasses sont pleines. Amandine choisit une cuisse de canard confite, tandis qu’Etienne opte pour un carpaccio.

De retour sur Janjak, la première mission consiste à nettoyer le bateau après notre nuit au mouillage. Nous branchons le tuyau d’arrosage et rinçons intégralement l’extérieur et brossons au balais, pour éliminer tous les insectes restés collés un peu partout. Nous en profitons également pour rincer le moteur et l’ancre, avant de nous attaquer à l’intérieur et aux nombreux insectes morts.

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Nous allons finalement passer six nuits à Port-Saint-Louis-du-Rhône, avec un départ prévu le 22 septembre. Cela nous laisse largement le temps de découvrir les environs, mais aussi d’avancer sur plusieurs travaux à bord.

Et pour commencer : des joints ! Cela faisait longtemps…  Quelques petites infiltrations persistent, notamment dans la chambre lorsqu’il pleut vraiment. Nous reprenons donc l’étanchéité à cet endroit, ainsi qu’au niveau du toit du pare-brise et du toit ouvrant. Avec ces dernières reprises, nous devrions enfin en avoir terminé avec les joints des fenêtres. 

Un chantier important concerne la pompe à eau de la cuisine. Depuis notre départ, le débit de l’évier est très faible et, depuis quelques jours, la pompe surchauffe au point d’être devenue inutilisable. Nous avions acheté une nouvelle pompe 12V lors de notre dernier passage à Menton et attendions simplement d’avoir suffisamment de temps au port pour nous en occuper.

Nous commençons par débrancher l’ancienne pompe. En retirant le tuyau situé entre celle-ci et le robinet, le réservoir d’eau tribord, presque vide, commence à se vider par la pompe. Nous devons donc récupérer l’eau petit à petit, tupperware après tupperware. Au total, il restait encore une trentaine de litres. Une fois le réservoir vidé, nous pouvons enfin retirer complètement l’ancienne pompe.

C’est à ce moment-là que nous faisons une découverte : caché sous le meuble de la cuisine se trouve un interrupteur que nous n’avions encore jamais remarqué. Il permet en réalité de commander directement la pompe depuis la cuisine. Depuis notre départ, nous l’allumions et l’éteignions depuis le tableau électrique situé à l’entrée du bateau, ce qui était particulièrement peu pratique. Ce nouvel interrupteur va donc grandement simplifier son utilisation. Nous constatons également d’importants dépôts de calcaire dans les tuyaux. Nous nettoyons le réservoir et le circuit au vinaigre, ce qui permet de décoller des morceaux entiers qui gênaient manifestement la circulation de l’eau. 

Nous installons ensuite la nouvelle pompe, la raccordons au circuit d’eau et à l’électricité, puis la mettons en marche. Et là… rien ne coule. 

Nous entendons bien la pompe démarrer. Elle tourne, semble monter en pression, puis s’arrête, comme si quelque chose bloquait complètement la circulation de l’eau.  Après plusieurs recherches, nous démontons finalement le raccord entre le tuyau en plastique et la robinetterie. Le problème apparaît immédiatement : le flexible du robinet est entièrement bouché par le calcaire. Le robinet étant un mitigeur, il possède deux arrivées, une pour l’eau chaude et une pour l’eau froide. Comme nous n’utilisons qu’une seule arrivée, nous raccordons la pompe au second flexible. L’opération nécessite tout de même de démonter entièrement le robinet pour le nettoyer avant de tout remonter. 

Cette fois, ça fonctionne ! La nouvelle pompe délivre enfin un bon débit et nous allons pouvoir utiliser normalement l’évier de la cuisine.

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Un autre chantier, un peu plus impressionnant, nous attend : remplacer la drisse de signaux située sous la barre de flèche tribord. L’ancienne, devenue vieille et rêche, avait cassé lors de notre passage en Italie.  Pour installer la nouvelle, il faut la faire passer dans un anneau situé sous la barre de flèche, à environ six mètres au-dessus du pont. Nous n’avons ni baudrier d’escalade ni chaise de mât. Il faut donc imaginer une solution suffisamment sûre pour monter quelqu’un là-haut, tout en sachant que le mât n’offre quasiment aucune prise permettant de l’escalader. 

C’est Amandine qui montera. Pour sécuriser au maximum l’ascension, nous mettons en place deux systèmes totalement indépendants. Le premier est un harnais artisanal réalisé avec un bout et relié à la drisse de grand-voile. Le second utilise le harnais de navigation, renforcé par une sangle passant entre les jambes, et relié à la drisse du gennaker. Plusieurs essais et ajustements sont nécessaires avant de trouver une installation qui nous convient. Nous essayons d’abord de hisser Amandine avec les winchs situés au pied du mât, mais cela ne fonctionne pas correctement. Etienne ramène donc les drisses jusqu’au cockpit afin d’utiliser le winch habituellement employé pour hisser la grand-voile. 

Amandine s’équipe de la nouvelle drisse de signaux et l’ascension peut commencer. Sur les deux premiers mètres, elle parvient encore à prendre appui sur les winchs du mât puis sur la bôme. Ensuite, il n’y a plus aucune prise. Etienne la hisse progressivement avec la drisse de grand-voile tout en sécurisant régulièrement sa position avec la seconde drisse. De son côté, Amandine s’aide de la balancine pour se hisser. 

Arrivée à environ six mètres de hauteur, malgré son vertige, elle doit lâcher ses deux mains pour faire passer la nouvelle drisse dans l’anneau situé sous la barre de flèche, décalé de près d’un mètre sur le côté du mât.  Une fois la drisse passée, il ne reste plus qu’à redescendre. Etienne laisse progressivement filer la drisse principale tout en assurant régulièrement Amandine avec la seconde. 

Quelques minutes plus tard, elle retrouve enfin le pont, tremblante mais fière d’avoir réussi. Elle retire tout son équipement pendant qu’Etienne termine le montage de la boucle. Notre nouvelle drisse de signaux est enfin installée !

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Pour terminer les principaux travaux, nous devons également recoller le revêtement du sol du cockpit, qui se décolle par endroits et peut se soulever avec le vent.  Nous avions déjà acheté un mastic adapté, mais nous n’en avons que suffisamment pour reprendre les bordures. Nous soulevons donc les parties concernées, nettoyons et rinçons dessous, puis attendons que tout soit parfaitement sec avant d’appliquer le mastic et de maintenir le revêtement en pression le temps de la prise. 

Entre deux séances de bricolage, nous profitons tout de même de Port-Saint-Louis-du-Rhône.  Pendant le coup de mistral, nous partons nous promener le long du Rhône. Le courant est important et le vent balaie la surface du fleuve. Plusieurs barges sont amarrées le long des quais, certaines en cours de peinture. Nous allons également observer l’écluse, et son pont levant, qui relie le port au Rhône. Son franchissement ne nous paraît pas particulièrement adapté à Janjak : elle semble surtout conçue pour les grandes embarcations commerciales, avec des points d’amarrage hauts et très espacés. 

Nous avions un temps envisagé de quitter Port-Saint-Louis par cette écluse, puis de descendre le Rhône jusqu’à son embouchure pour retrouver la mer. Ce trajet nous faisant gagner 7 milles nautiques sur notre trajet. Après avoir vu les installations, nous abandonnons finalement cette idée. À ce stade, la manœuvre nous semble trop risquée et nous préférons éviter d’endommager Janjak.

Le week-end correspond également aux Journées du patrimoine. Port-Saint-Louis-du-Rhône ne possède pas énormément de bâtiments historiques à visiter, mais l’ancienne tour qui accueille aujourd’hui l’office de tourisme est ouverte au public. Nous y allons le dimanche, avant de terminer l’après-midi par une promenade le long du Rhône puis dans la ville.

Pendant ces six jours, nous profitons aussi tout simplement de la vie à bord au port. Nous cuisinons quelques bons petits plats, prenons des apéritifs et faisons même une soirée pizzas devant un film. Nous passons également quelques heures à ne rien faire de particulier, notamment à jouer aux jeux vidéo. Nouille, elle, est particulièrement intéressée par le catway, qui lui permettrait de descendre du bateau. La seule raison qui la retient est la présence de plusieurs chiens autour de nous.

Il existe cependant une règle incontournable à Port-Saint-Louis : tous les soirs, vers 18h30, nous nous enfermons à l’intérieur de Janjak.  Les moustiques prennent alors possession des lieux… et ils sont particulièrement voraces. 

Côte Camarguaise

22 et 23 septembre

Le mardi 22 septembre, nous quittons Port-Saint-Louis-du-Rhône. Notre première étape consiste à contourner le golfe de Fos-sur-Mer, ce qui représente déjà une bonne partie du trajet de la journée. Nous remontons le canal Saint-Louis, débouchons dans le golfe, puis contournons la grande langue de sable au milieu des cargos au mouillage. Ce n’est finalement que deux heures après avoir quitté notre emplacement au port que nous retrouvons véritablement la mer Méditerranée.

Nous mettons alors le cap à l’ouest, le long de la Camargue sauvage, et passons devant l’embouchure du Rhône. La différence est très visible : l’eau change de couleur et d’aspect, et le courant nous fait dériver d’environ 20° vers le large. De nombreux insectes atteignent également le bateau dès que nous arrivons devant l’embouchure.

Pour la première fois depuis notre départ, nous perdons presque la terre de vue. Non pas parce que nous en sommes particulièrement éloignés, mais parce que l’absence totale de relief rend la côte difficile à distinguer. Le fond est lui aussi très différent de ce que nous avons connu jusqu’ici : la profondeur diminue extrêmement lentement à mesure que nous nous rapprochons de la côte.

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Nous poursuivons tranquillement jusqu’à une zone située entre les phares de Faraman et de Beauduc, où nous jetons l’ancre pour la nuit. Il n’y a personne autour de nous, la côte est longue et parfaitement plate, et nous n’avons presque plus de réseau.
Du vent de terre est annoncé pendant la nuit. Les étangs situés derrière la plage n’offrant aucune protection, nous déroulons 30 mètres de chaîne sur ce fond sablonneux et plat, en nous préparant à avoir un peu de houle.

Autour de Janjak, des oiseaux marins plongent en piqué pour attraper des poissons. Mais le spectacle le plus impressionnant vient de gros thons rouges qui bondissent hors de l’eau à seulement quelques dizaines de mètres du bateau ! Le phénomène dure plusieurs minutes et nous permet de les observer particulièrement bien. 

À la tombée de la nuit, nous nous enfermons une nouvelle fois pour échapper aux moustiques. Nous terminons la soirée avec un apéritif et une partie d’échecs avant d’aller nous coucher tôt.

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Le mercredi 23 septembre, nous nous réveillons à l’aube, dès que les premières lueurs du jour traversent les fenêtres de la chambre. Le vent doit souffler dans la matinée avant de tomber vers midi : nous voulons donc partir suffisamment tôt pour en profiter et naviguer à la voile.

Nous nous préparons rapidement pendant le lever du soleil. Ce matin il fait froid et humide : pantalons, gilets et vestes de quart sont de sortie.

Une fois l’ancre remontée, nous hissons le génois et la grand-voile. Avec le vent de travers, Janjak avance à plus de 4 nœuds.

Nous mettons le cap plein ouest et naviguons ainsi pendant quatre heures. C’est notre plus longue navigation à la voile, aussi bien en durée qu’en distance, depuis le début du voyage.  Pendant le trajet, nous remarquons cependant que la voile d’avant est affaissée et qu’un bourrelet se forme dans sa partie basse. En cherchant l’origine du problème, nous faisons encore une découverte sur Janjak : la drisse que nous avions baptisée « drisse rien », parce que nous pensions qu’elle ne servait à rien, est en réalité celle qui permet de hisser la voile d’avant sur l’étai et son système d’enrouleur ! Nous ne parvenons pas encore à la retendre correctement, mais cela ne nous empêche pas de poursuivre la navigation pour le moment. 

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En fin de matinée, comme prévu, le vent commence à faiblir. Nous enroulons le génois et déroulons le gennaker. Son utilisation est désormais beaucoup plus simple puisqu’il reste installé et que nous n’avons plus besoin de le ranger entièrement après chaque utilisation.

La température remonte également. Nous en profitons pour nous préparer et prendre chacun notre tour une douche, toujours froide.

La navigation est alors tellement calme que Nouille décide même de sortir dans le cockpit. C’est la première fois qu’elle vient s’y installer alors que Janjak navigue ! Jusqu’ici, elle préférait toujours rester cachée à l’intérieur pendant les traversées.

Le vent continue cependant à diminuer. Nous finissons par replier les voiles et rallumer le moteur.

Nous déjeunons en route et, juste après avoir rincé la vaisselle directement dans la mer, nous apercevons l’aileron d’un thon zigzaguer autour de Janjak. Il est probablement venu voir si notre cuisine avait laissé quelque chose d’intéressant derrière elle…

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Mouillage au Grau-du-Roi

23 et 24 septembre

Nous atteignons les environs d’Aigues-Mortes et visons un mouillage particulièrement bien abrité à proximité de Port-Camargue.  Pour y accéder, nous devons contourner une langue de sable dont la position, mobile au fil des années, n’est pas toujours parfaitement indiquée. Nous devons également slalomer entre les différentes activités nautiques et les nombreux bateaux qui traversent rapidement la zone dans tous les sens. 

Une fois arrivés à notre point de mouillage, nous jetons l’ancre dans environ quatre mètres d’eau, sur un fond de sable. Certains bateaux autour de nous sont même directement échoués sur la langue de sable.  Il y a encore un peu de vent, mais surtout, plus aucun insecte : pour nous, c’est officiellement la fin de la Camargue ! 

Dans l’après-midi, des Canadair en entraînement tournent au-dessus de nous. Ils viennent écoper devant Le Grau-du-Roi avant de relâcher presque immédiatement leur chargement dans la mer.  Nous profitons tranquillement de la soirée et du coucher de soleil avant d’aller nous coucher assez tôt, après cette longue journée de navigation. 

Vers 3 heures du matin, nous sommes réveillés par des bateaux de pêche qui quittent le port à pleine vitesse. Les vagues qu’ils génèrent viennent secouer Janjak et interrompent notre sommeil. Malgré cela, la nuit reste plutôt bonne.

Le lendemain matin, avant de repartir, nous décidons de remettre l’annexe à l’eau pour aller nous promener sur la langue de sable.  Nous sommes désormais beaucoup plus efficaces pour préparer et mettre l’annexe à l’eau, et nous voilà rapidement tous les deux à bord. Etienne prend les commandes. Il est encore tôt et nous sommes seuls. Nous échouons l’annexe directement sur le sable, puis partons nous promener et observer les nombreux oiseaux présents dans les environs. 

Après une bonne balade, nous retrouvons notre annexe et rejoignons Janjak.  Nous remontons ensuite l’ancre et quittons définitivement notre mouillage et la Camargue. 

Sète

24 septembre

Après avoir quitté notre mouillage, nous prenons la direction du port de Carnon pour faire le plein d’essence.  Nous nous amarrons facilement en longside dans le canal d’accès au port. Le départ est un peu plus compliqué, puisqu’il faut réussir à faire demi-tour dans un espace relativement étroit. Nous reprenons ensuite notre route en direction de Sète, où nous avons prévu de passer la nuit au mouillage. La voile d’avant étant encore plus affaissée que la veille, nous préférons ne pas hisser les voiles. 

L’arrivée vers Sète marque un nouveau changement dans les paysages. Les grandes étendues parfaitement plates de la Camargue sont désormais derrière nous et de nouveaux reliefs commencent à apparaître à l’horizon.  Nous jetons l’ancre au nord du port industriel de Sète. Le cadre n’est pas particulièrement agréable : la vue sur les installations industrielles n’est pas très jolie et les odeurs transportées par le vent ne sont pas non plus des plus plaisantes. 

Le mouillage est par ailleurs indiqué comme moyen en termes de tenue, en raison d’un fond constitué de gros graviers. Un pic de vent étant prévu en fin d’après-midi, nous surveillons attentivement le comportement de l’ancre. Une fois celle-ci bien enfoncée et Janjak stabilisé, nous ne bougeons finalement plus.

Le soir, bonne nouvelle : les insectes ont disparu. Nous pouvons enfin profiter de l’extérieur en laissant la porte ouverte, ce qui fait également le bonheur de Nouille !
Nous assistons alors à un magnifique coucher de soleil sur la terre, dont la lumière vient illuminer les nuages au-dessus de la mer. Le spectacle commence même par l’apparition d’un nuage aux couleurs de l’arc-en-ciel, avant de se poursuivre jusqu’aux dernières lueurs du jour.

Après une bonne poêlée de poivrons et de chorizo, nous allons nous coucher. La houle se fait malheureusement sentir pendant la nuit et Janjak remue régulièrement. Notre sommeil est donc un peu moins réparateur que la veille. 

Cap d'Agde

25 septembre

Ce vendredi 25 septembre, nous quittons notre mouillage de Sète en direction du Cap d’Agde. Nous prévoyons d’y passer l’après-midi et la nuit au port, car des rafales sont annoncées dans l’après-midi, avant une dégradation de l’état de la mer pendant la nuit.

Depuis le début du voyage, le siège du poste de pilotage est un peu trop bas et n’est malheureusement pas réglable. Il est donc difficile de voir correctement devant sans se lever régulièrement. Amandine, lassée de devoir constamment se redresser pour surveiller la route, trouve finalement une solution toute simple : empiler des coussins sur le siège pour gagner quelques précieux centimètres !

Nous arrivons au Cap d’Agde en début d’après-midi (et nous gardons nos vêtements). Nous découvrons le cap et ses plages, avec une population qui nous semble exclusivement composée de personnes de plus de 60 ans ! Nous grimpons jusqu’à la pointe du cap avant de rejoindre la plage de sable noir, dont la couleur oscille en réalité plutôt entre le brun et le noir. 

Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons pour prendre des churros accompagnés d’une citronnade, puis poursuivons notre balade sur la digue du port.

Le soir, une fois le vent complètement retombé, nous nous attaquons à la voile d’avant, qui s’était progressivement affaissée lors des navigations précédentes.  Nous la déroulons entièrement avant de la hisser à nouveau à l’aide du winch situé au pied du mât. La manœuvre fonctionne parfaitement et se révèle finalement beaucoup plus simple et rapide que nous ne le craignions. Notre voile d’avant est de nouveau correctement hissée, prête pour les prochaines navigations. 

Direction Gruissan

26 septembre

Les prévisions pour la semaine à venir ne sont pas très encourageantes : du vent, des rafales, des orages, mais surtout une mer qui doit devenir particulièrement agitée. Une nouvelle fois, nous décidons donc de nous mettre à l’abri pendant quelques jours dans un port. 

Nous visons Gruissan, situé à une vingtaine de milles nautiques plus au sud.
Nous quittons le Cap d’Agde avec très peu de vent, même si celui-ci doit progressivement se renforcer au cours de la journée. Nous commençons donc la navigation au moteur.
Après le déjeuner, le vent devient suffisant pour hisser la grand-voile et dérouler le gennaker. Les conditions sont encore assez tranquilles pour que Nouille décide même de venir faire un petit tour dehors. Elle se promène jusqu’au toit de Janjak avant de retourner se cacher lorsque les vagues commencent à grossir.
Au fil de la navigation, le vent continue progressivement à se renforcer. Après quelque temps, nous enroulons le gennaker pour le remplacer par le génois, désormais correctement hissé.

Nous avançons ainsi sur toute la durée du trajet à plus de 4 nœuds. 

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Nous atteignons finalement Gruissan, dont le port se trouve derrière un premier étang.  À notre arrivée, nous nous amarrons temporairement le long du quai de la capitainerie. On nous attribue ensuite une place avec catway, où Janjak restera à l’abri pendant la semaine à venir. 

Gruissan

Du 26 septembre au 2 octobre

Comme à Port-Saint-Louis-du-Rhône, nous profitons de ce long séjour au port pour avancer sur les travaux de notre to-do list.  Nous commençons par quelque chose de simple, mais utile : un peu de couture. Amandine reprend l’un de ses pantalons, qu’elle ne pouvait pas porter car il était trop long, ainsi qu’un bouton sur un t-shirt d’Etienne. Nous passons également au magasin d’accastillage pour acheter le pavillon espagnol. Nous le hisserons sur notre nouvelle drisse de signaux lorsque nous entrerons, très prochainement, en Espagne.

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Mais le chantier le plus important de notre séjour concerne enfin la fenêtre de la salle de bain !

Le mercredi 30 septembre, nous nous rendons au chantier naval pour savoir s’il est possible de réparer la vitre dans un délai très court, puisque nous prévoyons alors de repartir dès le vendredi. Il ne leur reste donc que deux jours pour intervenir. Dans l’après-midi, le responsable vient directement sur Janjak pour examiner le hublot. Compte tenu du délai, il nous propose une solution qui n’est pas forcément la plus esthétique, mais qui a l’avantage de pouvoir être réalisée avant notre départ : fixer une nouvelle plaque de plexiglas à l’extérieur, directement sur le cadre existant, puis combler l’intérieur avec du silicone. 

De toute façon, nous n’avons pas réussi à retirer le cadre en aluminium, particulièrement bien fixé et collé. Une réparation plus classique aurait nécessité des travaux beaucoup plus importants, avec probablement la destruction du cadre existant puis la fabrication d’un nouveau sur mesure.

Pour que tout puisse être terminé dans les temps, nous devons préparer le cadre pendant que le chantier fabrique le nouveau hublot. Le lendemain matin, dès que la pluie cesse, nous retirons donc la protection en plastique qui nous accompagne depuis plusieurs mois, puis les derniers morceaux de verre et le joint, pourtant tout neuf. Nous nettoyons, grattons et préparons soigneusement le cadre afin qu’il ne reste plus que la pose à effectuer. Pendant ce temps, le chantier vient prendre les mesures définitives et préparer les perçages du support.

 Dans l’après-midi, le plexiglas est installé et collé, puis les joints sont refaits. Il ne reste plus qu’à attendre 24 heures sans déplacer le bateau pour laisser correctement sécher l’ensemble.  

Après cinq mois avec une vitre cassée protégée par un simple plastique, nous avons enfin un nouveau hublot ! 

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Malgré les passages pluvieux, le ciel souvent gris et beaucoup de vent, nous profitons également de notre séjour pour découvrir Gruissan.  Dès notre arrivée, nous dînons dans un restaurant le long du port, où nous dégustons de bons burgers maison, buns compris. Le lendemain matin, Amandine part chercher le petit-déjeuner à vélo, puis nous allons nous promener jusqu’au Pech des Moulins, qui offre une belle vue sur les environs. 

Nous allons également visiter les Salins de Gruissan, situés à quelques dizaines de minutes à pied du port. Nous découvrons les marais salants aux teintes roses qui s’étendent à proximité de la ville. Sur le chemin du retour, nous longeons l’étang de Gruissan et le canal du Grazel.

Nous prenons aussi le temps de découvrir le vieux village de Gruissan : son église, le château et la tour Barberousse, ainsi que les rues commerçantes du centre historique. Nous en profitons même pour déjeuner dans un snack afin de goûter un Tasty Crousty.

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Le vendredi 2 octobre, puisque nous ne quittons finalement pas le port car le hublot doit sécher, nous profitons du beau temps pour marcher jusqu’à Gruissan-Plage et découvrir son village de chalets sur pilotis. Après avoir longé le canal pour rejoindre la presqu'île, nous suivons la promenade qui longe la grande plage de sable, où la mer est bien agitée. Dans les petites rues bordées de chalets, l’ambiance est assez atypique et nous rappelle un peu les Keys de Floride. Nous nous arrêtons prendre un goûter "frites & rosé" dans une cabane de plage avant de reprendre le chemin du bateau, alors que de nouvelles pluies sont annoncées pour la nuit. 

Pendant notre séjour, Nouille retrouve elle aussi la terre ferme pour la première fois depuis juillet ! Etienne l’emmène chez le vétérinaire pour une visite de contrôle et le renouvellement de ses vaccins avant notre entrée en Espagne.  Tout va très bien pour elle : elle est prête, elle aussi, à poursuivre le voyage vers un nouveau pays.

Gruissan et la pluie

Du 3 au 6 octobre

Ce samedi 3 octobre, nous décidons, un peu à contrecœur, de prolonger notre séjour à Gruissan. Les vagues ne se sont toujours pas calmées et les prévisions météo restent mauvaises, avec notamment un orage annoncé. Il pleut pratiquement tout le week-end. Samedi comme dimanche, nous restons enfermés dans Janjak en attendant une amélioration. Les températures ont baissé, mais c’est surtout l’humidité qui se fait sentir.

Le dimanche, en plein orage, un bruit inhabituel nous surprend : l’annexe vient de tomber de ses supports à l’arrière du bateau ! En allant constater les dégâts, nous découvrons que la plaque métallique vissée dans le bois à l’arrière de l’annexe a cédé. C’est sur cette plaque que venait s’accrocher le mousqueton permettant de la maintenir suspendue. Avec toute la pluie tombée, l’eau s’est accumulée dans l’annexe sans parvenir à s’évacuer correctement. Son poids est devenu trop important et la fixation a fini par casser. Nous sortons sous la pluie et dans le vent pour examiner la situation. Impossible d’entreprendre une réparation au milieu de l’orage. Nous nous contentons donc de retourner l’annexe pour la vider. Et elle est vraiment pleine d’eau !

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Le lendemain, lundi 5 octobre, la pluie cesse enfin, mais les vagues restent importantes. Nous décidons donc de prolonger encore notre séjour d’une journée.

Nous en profitons pour refixer l’annexe à l’arrière de Janjak, sans réparer la fixation endommagée pour le moment. Cette fois, nous l’installons à l’envers afin d’éviter que l’eau de pluie puisse de nouveau s’y accumuler.

Le temps reste couvert, mais puisqu’il ne pleut plus, nous décidons de sortir un peu et d’aller chercher des churros dans le village.  Malheureusement, le vendeur, pourtant indiqué comme ouvert ce jour-là, est fermé ! Nous nous rabattons donc sur un diabolo à la terrasse du café d’en face, avant de rentrer au bateau. 

Le mardi 6 octobre, nous pouvons enfin quitter Gruissan. La fenêtre météo est assez courte : nous devons naviguer le matin, avant l’arrivée d’un nouveau coup de vent. Notre objectif est de rejoindre Port-Leucate, puis de poursuivre vers Saint-Cyprien le lendemain.

Nous quittons donc le port à l’aube, alors que les premières lueurs commencent à apparaître dans le ciel.  À la sortie, la mer est encore un peu agitée et les vagues secouent Janjak. Nouille supporte mal les mouvements et finit par être malade. Heureusement, une fois éloignés de la côte et notre cap modifié, nous recevons les vagues par l’arrière. Elles sont assez espacées et la navigation devient rapidement beaucoup plus confortable. Le ciel est chargé de gros nuages menaçants, mais quelques éclaircies apparaissent entre les zones de pluie. Nous avons ressorti les tenues de quart : il fait frais et tout est encore mouillé à bord.  Finalement, nous réussissons à éviter toutes les averses. 

En passant au large de Port-la-Nouvelle, nous croisons un groupe de dauphins accompagnés de leurs petits, qui nagent dans la direction opposée à la nôtre. Sous le ciel couvert et dans cette mer sombre, leurs corps paraissent entièrement noirs.  En approchant du cap Leucate, le vent nous apporte une forte odeur d’aiguilles de pin mouillées. Nous longeons également une zone indiquée comme « Fish Haven » sur la carte. De nombreux poissons bondissent hors de l’eau, tandis que des goélands tentent de les attraper. Un beau spectacle en pleine navigation ! 

Nous arrivons à Port-Leucate vers midi. Quelques bateaux occupent déjà le long ponton d’accueil. Nous trouvons une place à l'extrémité du ponton et nous amarrons en longside sur son côté ouest, à l’opposé du vent.

Nous voilà de nouveau à l’abri, juste avant la prochaine dégradation météo.

Leucate et l'orage

6 et 7 octobre

À notre arrivée à Port-Leucate, le soleil fait vraiment son apparition. Nous en profitons pour installer notre table et déjeuner dehors, dans le cockpit. Cela ne nous était plus arrivé depuis plus d’un mois !

Le port est immense, et notre emplacement se trouve particulièrement loin de tout. Le ponton d’accueil est déjà très long et situé à l’extrémité du port. La capitainerie, les sanitaires et, plus encore, les commerces de la ville sont donc à une bonne distance de Janjak.  Nous partons tout de même à pied jusqu’au magasin d’accastillage pour essayer de trouver le Bloc Marine consacré aux ports espagnols, qui nous serait bien utile pour la suite du voyage. Malheureusement, ils ne l’ont pas non plus. C’est déjà le troisième magasin dans lequel nous cherchons ce livre, sans succès.

Pour le mercredi 7 octobre, nous avions prévu de profiter d’une courte fenêtre météo dans la matinée pour rejoindre Saint-Cyprien, avant l’arrivée d’un orage annoncé sur toute la zone en début d’après-midi.  Nos voisins de ponton, des Belges qui rapatrient leur nouveau bateau de Menton vers le sud d’Alicante, préfèrent quant à eux rester au port plutôt que de prendre le risque de rencontrer l’orage en mer. Il faut dire que ces phénomènes sont difficiles à prévoir précisément, et que les prévisions météo peuvent évoluer rapidement. Le matin, avant notre départ, nous consultons donc plusieurs fois les différents bulletins. Finalement, il semble que l’orage soit arrivé plus tôt que prévu et qu’il soit déjà présent à Saint-Cyprien. Nous préférons ne pas nous aventurer en mer et attendre une meilleure occasion. 

Le problème, c’est que les jours suivants ne s’annoncent pas beaucoup plus favorables. Une tramontane soutenue doit s’installer pendant deux ou trois jours, avec de fortes rafales prévues les jeudi 8 et vendredi 9 octobre. Nous allons donc devoir rester à l’abri au moins jusqu’au samedi.

Nous profitons tout de même de la matinée encore calme pour changer Janjak de place avant que le vent se lève. Nous passons simplement de l’autre côté du ponton, à l’est, afin d’être moins exposés aux remous provoqués par les bateaux qui entrent et sortent rapidement du port.

Le soleil est encore présent et Nouille semble particulièrement intéressée par le ponton.  Nous décidons donc de lui mettre son harnais, équipé de son GPS, et de la laisser explorer les environs pendant que nous cuisinons. 

Mobirise
Mobirise

Elle devient rapidement la mascotte des bateaux voisins : nos voisins belges et un couple d’Allemands, qui sont eux aussi venus s’abriter en attendant une amélioration de la météo.  Nous sortons également le vélo, qui sera bien pratique pour rejoindre les installations situées à l’autre bout du port.  Nous déjeunons une nouvelle fois dehors, au soleil, avant de replier la table lorsque le vent commence à se renforcer, annonçant l’arrivée de l’orage. 

Finalement, celui-ci n’est pas particulièrement violent. Quelques coups de tonnerre résonnent au loin, tandis que le paysage disparaît progressivement derrière une masse de nuages gris. Un peu de pluie et de vent atteignent le port jusqu’en fin d’après-midi.

Le soir, pendant le dîner, Nouille insiste pour ressortir. Elle finit même par sauter sur le ponton pour s'offrir une promenade nocturne !  Nous devons aller la récupérer, bien malgré elle, pour la ramener à bord. 

Dans la nuit du mercredi au jeudi, vers 4 heures du matin, nous nous réveillons avec une mauvaise surprise : il n’y a plus d’électricité à bord. Nous constatons rapidement que plus rien ne fonctionne sur le circuit 12 V ni 220 V. Les batteries semblent complètement déchargées. Les pompes à eau sont donc inutilisables et, plus inquiétant, nous ne pouvons plus démarrer le moteur en cas d’urgence. Équipés de nos lampes frontales, puisque le ponton visiteurs n’est pas éclairé, nous sortons brancher Janjak à une borne électrique du port à l’aide de notre rallonge de camping. Cela nous permet de retrouver du courant en 220 V, mais pas de rétablir l’alimentation du circuit 12 V. Pour celui-ci, il faudra attendre que le soleil recharge les batteries grâce aux panneaux solaires. C’est la première fois depuis le début de notre voyage que nous nous retrouvons complètement à court de batterie. 

Leucate et la tempête

Du 8 au 10 octobre

Vers 6 heures du matin, un nouveau problème arrive : le vent se lève brutalement. Impossible de nous rendormir avec les rafales et les bouts qui claquent contre le mât. Le vent vient de l’ouest et pousse Janjak à l’opposé du ponton. 

Dans la matinée, nous commençons par éloigner la drisse de grand-voile du mât pour limiter le bruit. Nous renforçons ensuite progressivement les amarres, car les rafales sont déjà impressionnantes alors que nous sommes encore loin du pic annoncé. Nous installons quatre amarres à l’avant, deux à l’arrière et une garde sur le côté. Nous déplaçons également les pare-battages pour protéger au mieux Janjak du quai. 

Mais le vent continue à forcir.

Il devient si violent que notre bimini commence à se déchirer. Comme il s’agit d’une installation fixe, nous ne pouvons pas simplement le replier, et sa grande surface offre une prise importante aux rafales.  Lorsque la toile commence à battre comme un drapeau, nous n’avons plus le choix : il faut couper les coutures pour pouvoir l’enrouler. Toutes les coutures qu’Amandine avait récemment refaites sont donc coupées aux ciseaux, en plein vent. Nous roulons ensuite la toile et l’attachons aussi solidement que possible avec un bout. En parallèle, nous remarquons que le pavillon français, à la poupe, commence lui aussi à se déchirer sous la force des rafales. Nous l’enroulons sur lui-même pour le protéger. 

Par précaution, nous préparons également un sac de secours avec quelques affaires essentielles, au cas où nous devrions quitter le bateau en urgence.  Nous avions déjà préparé ce type de sac une fois, au tout début du voyage, lorsque Nouille avait souffert d’un coup de chaleur à notre arrivée à Agay. 

Toute la journée, nous préférons rester à bord pour pouvoir intervenir rapidement en cas de problème sur les amarres ou les équipements. Nos voisins sont équipés d'un anémomètre, ils nous indiquent avoir relevé un vent à 32 noeuds (60 km/h). Ce n’est qu’en soirée qu’Amandine part à vélo chercher de quoi manger chaud. Malheureusement, le snack que nous avions repéré est fermé. Elle se rabat donc sur des sandwichs au Carrefour. Nous dînons froid, puis organisons des quarts de surveillance pour la nuit. 

Amandine part se coucher pendant qu’Etienne reste de garde, habillé de plusieurs couches : vêtements techniques, polaire et tenue de quart, afin de pouvoir sortir contrôler les amarres malgré le vent.  Vers 22 heures, nous échangeons les rôles. Amandine prend le relais pendant qu’Etienne va se reposer. Le pic de vent est annoncé vers 23h30. Peu après minuit, nous effectuons un dernier contrôle avant de décider d’aller nous coucher tous les deux. Malgré les bourrasques et une drisse qui continue à cogner contre le mât, nous parvenons finalement à dormir plutôt correctement jusqu’au matin. 

Le vendredi 9 octobre, les prévisions sont encore plus inquiétantes : le vent doit souffler plus fort que la veille !  Dès le matin, nous revoyons la disposition de nos amarres pour mieux répartir les efforts entre les différents points d’attache et profiter de leur élasticité. Aujourd'hui encore, nous décidons de ne pas quitter le bateau. Au fil des heures, les rafales deviennent vraiment puissantes, avec des pics à 40 noeuds (75 km/h). De l’autre côté du ponton, des vagues se forment et viennent éclater, projetant de grandes quantités d’eau sur Janjak. 

Les amarres travaillent énormément et nous commençons à nous inquiéter de leur résistance. Certaines frottent contre les points d’appui et montrent déjà de légères traces d’usure. Nous improvisons donc des protections avec des morceaux de tuyau et même notre paillasson, afin de limiter les frottements aux endroits les plus sollicités. 

Toute la journée se déroule sous tension. Janjak est secoué, poussé par les rafales et régulièrement aspergé d’eau de mer. Le bruit du vent est impressionnant. 

Notre voisin belge semble lui aussi inquiet. Il sort régulièrement vérifier les nombreuses amarres qui maintiennent son bateau., son bimini, ses part-battages et son annexe.

Toujours frustrés de notre échec de la veille, Amandine repart repart le soir, à vélo, chercher un autre snack repéré à proximité.  Cette fois, il est ouvert ! Nous pouvons commander des tacos et profiter enfin d’un dîner chaud, même si Janjak continue à être fortement secoué. 

Nous mangeons tôt, car le vent doit encore gagner en puissance en début de nuit. Comme la veille, nous organisons des quarts de surveillance.  Nous sortons régulièrement contrôler les amarres, les taquets et les zones de frottement. Dehors, les rafales sont parfois si violentes qu’il devient difficile de tenir debout. Nous préférons alors nous mettre au sol pour éviter de perdre l’équilibre et de tomber à l’eau. 

Pendant la nuit, nous ajoutons une dernière amarre à l’arrière, la seule qu’il nous reste disponible. Les deux amarres déjà en place travaillent énormément sous les à-coups et nous préférons répartir davantage les efforts.

Nous continuons à nous relayer toute la nuit, car le vent ne faiblit pas à l’heure annoncée.  Les prévisions météo sont régulièrement mises à jour, mais chaque nouveau bulletin repousse le moment où les rafales doivent enfin diminuer. Ce n’est finalement que vers 8 heures du matin, lorsque le vent commence à perdre un peu de sa force, que nous pouvons enfin dormir tous les deux en même temps. Nous dormons jusqu’à 11 heures, lorsque le vent se renforce de nouveau. Même après ces quelques heures de repos, nous sommes encore fatigués physiquement de n'avoir que peu dormis, et mentalement par la tension maintenue pendant ces deux jours et nuits. 

Mobirise
Mobirise

Ce samedi 10 octobre, les prévisions annoncent enfin une diminution progressive du vent tout au long de la journée, sans retour aux intensités de la veille.  Nous alternons encore entre des périodes relativement calmes et de fortes rafales, mais l’ambiance est tout de même plus tranquille. Par précaution, nous veillons à ce que l’un de nous reste toujours présent sur Janjak. 

Nouille peut enfin ressortir après presque 48 heures enfermée à bord. Elle ne se fait pas prier et retourne rapidement explorer le ponton.  De notre côté, nous rangeons le sac de secours et commençons à retrouver une organisation un peu plus normale. 

Comme les jours précédents, le soleil brille. Mais cette fois, avec moins de vent, la température paraît beaucoup plus douce.  Nous pouvons enfin rouvrir les fenêtres pour aérer le bateau, ranger les affaires et entreprendre un bon rinçage de Janjak, entièrement recouvert de sel par les vagues des derniers jours. 

Le plus dur semble passé, même si de fortes rafales persistent, particulièrement en mer.  Nous préférons donc patienter encore une journée à Port-Leucate avant de reprendre notre route vers le sud. 

Port Vendres

11 et 12 octobre

Ce dimanche 11 octobre, nous pouvons enfin quitter le ponton de Port-Leucate après plusieurs jours à attendre une amélioration de la météo.  Nous nous levons avant l’aube et commençons à préparer Janjak, pendant que Nouille profite d’une dernière promenade sur le ponton. Nous sommes tout de même un peu inquiets : le vent souffle déjà plus fort que ce qu’annonçaient les prévisions, et de nouvelles rafales sont attendues dans la matinée. Heureusement, il nous pousse à l’écart du ponton et la manœuvre de départ se déroule assez facilement. 

Mobirise
Mobirise

À la sortie du port, nous tentons de hisser la grand-voile. Mais entre le vent assez fort et la drisse qui a été mal remise en place, la manœuvre est compliquée et nous devons nous y reprendre à deux fois.  Une fois la voile hissée, nous rencontrons rapidement un autre problème : Janjak dévie de sa route et se tourne vers le vent, sans que nous parvenions à le manœuvrer correctement. Nous préférons donc abandonner l’idée de poursuivre à la voile. Nous affalons la grand-voile et reprenons notre navigation au moteur. 

Les vagues sont elles aussi un peu plus hautes que prévu, mais surtout très courtes. Heureusement, elles arrivent par l’arrière. Nous ne sommes donc pas secoués et Janjak surfe sur les vagues pendant une bonne partie du trajet.

Pendant qu’Etienne prépare une salade de tomates pour le déjeuner, Amandine aperçoit deux exocets qui s’élancent hors de l’eau et planent devant le bateau. 

Nous arrivons finalement à Port-Vendres, où nous avons prévu de passer deux nuits afin d’attendre une bonne fenêtre météo pour contourner les Pyrénées et entrer en Espagne.
À notre arrivée, nous devons d’abord nous installer au ponton d’accueil, le temps que la capitainerie rouvre. Mais toutes les places sont déjà occupées. Nous nous amarrons donc temporairement à l’emplacement réservé aux bateaux d’excursion en mer et en profitons pour déjeuner.
Lorsque la capitainerie nous attribue une place avec catway, nous nous préparons à déplacer Janjak.

Mais à peine avons-nous quitté notre premier emplacement que le bateau devient soudainement presque impossible à manœuvrer ! Janjak tourne uniquement vers tribord. Impossible de redresser sa trajectoire ou de tourner vers bâbord.
Nous constatons qu’un des filins permettant d’orienter le moteur s’est décroché. Nous le remettons en place, mais il se détache de nouveau presque immédiatement.
Nous finissons par le maintenir avec un strap, tout en essayant de garder le contrôle du bateau et d’éviter les quais. Heureusement, le bassin est assez large pour nous laisser le temps de réagir.

Nous arrivons tout de même assez stressés devant notre nouvel emplacement. Pour limiter les difficultés, nous décidons de faire au plus simple et d'entrer en marche avant dans la place, ce que nous ne faisons habituellement jamais.  

Une fois Janjak correctement amarré, nous pouvons enfin souffler !  Pour nous remettre de nos émotions, nous partons nous promener à pied autour du port et nous arrêtons prendre un café en terrasse. 
Mobirise
Mobirise

De retour à bord, nous entendons un étrange bruit de crépitement provenant de la coque.  En cherchant son origine, nous découvrons de nombreux poissons occupés à grignoter les résidus présents sur la partie immergée de Janjak. Ils foncent contre la coque et donnent de grands coups de bec qui résonnent dans le bateau. Le bruit est assez impressionnant, mais nous ne sommes pas inquiets : ces petits visiteurs ne risquent pas d’abîmer la structure du bateau ni son antifouling. 

Le port n’est d’ailleurs pas particulièrement calme. Janjak bouge régulièrement, moins qu’au mouillage, mais suffisamment pour que nous soyons ballotés. Les autres bateaux autour de nous subissent les mêmes mouvements.

Le soir, nous faisons quelques courses pour préparer une tartiflette à la casserole. Accompagnée d’un vin blanc local, elle est particulièrement réussie et nous nous régalons !

Mobirise
Mobirise
Mobirise

Ce lundi 12 octobre est principalement consacré aux corvées portuaires : courses, ménage et grand nettoyage de l’extérieur du bateau.  

Nous en profitons également pour réparer le système de rotation du moteur, et préparer notre entrée en Espagne en installant à l’avance le pavillon de courtoisie espagnol sur la nouvelle drisse de signaux. Nous pourrons le hisser lorsque nous franchirons la frontière. 

Nous souhaitons aussi refaire nos réserves d’essence avant le départ, mais la seule station-service à plusieurs kilomètres à la ronde est hors service.  Nous devrons donc attendre le lendemain et nous arrêter dans un port espagnol pour faire le plein. 

Mobirise
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Entrée en Espagne

13 octobre

Ce mardi 13 octobre, nous nous levons une nouvelle fois à l’aube. Une étape importante nous attend : contourner les derniers reliefs des Pyrénées pour entrer enfin en Espagne !  Le ciel est légèrement nuageux au départ, mais le soleil réchauffe rapidement l’air. 

Nous franchissons la frontière maritime juste avant Portbou et hissons le pavillon de courtoisie espagnol sur la drisse de signaux. Nous faisons ensuite une escale à Portbou pour prendre de l’essence. Nous reprenons notre route à une vitesse moyenne d’environ 5 nœuds. La mer est légèrement agitée et Janjak est légèrement secoué. Selon les endroits, les courants nous font dériver ou nous poussent. Nous devons donc ajuster régulièrement notre cap et la puissance du moteur. 

Nous contournons le cap de Creus avant de prendre la direction de la baie de Roses.

Pendant la navigation, Nouille, qui semble ne plus tenir en place, décide de sortir sur le pont. C’est une première : jusqu’ici, elle ne s’aventurait jamais dehors lorsque le moteur était en marche.  Cette fois, elle reste un bon moment à l’extérieur, tantôt couchée tranquillement, tantôt intriguée par les moutons blancs qui se forment à la surface des vagues. 

En entrant dans la baie de Roses, nous avons droit à un magnifique accueil : deux dauphins apparaissent près de Janjak, rapidement rejoints par plusieurs autres.  Ils viennent nager tout près du bateau et l’un d’eux passe même à l’avant, entre les deux coques du catamaran ! Nous profitons pleinement de ce beau moment avant de poursuivre vers le port. 

À Roses, nous retrouvons un amarrage avec pendilles, ce qui ne nous était plus arrivé depuis Marseille. Un signe supplémentaire que nous avons quitté le golfe du Lion. 

Une fois Janjak installé, nous partons en ville pour célébrer comme il se doit notre arrivée en Espagne. Au programme : une sangria et des churros en terrasse, sous un beau soleil et avec des températures particulièrement agréables. 

Mobirise
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Comme nous nous y attendions, la traversée du golfe du Lion aura été largement rythmée par la météo. Nous avons alterné les journées de navigation et les longues escales au port, en attendant des conditions suffisamment favorables pour poursuivre notre route.  Au total, pour parcourir les quelque 220 milles nautiques entre Marseille et l’Espagne, nous aurons passé 22 journées au port pour seulement 9 journées de navigation. 

Pendant cette période, nous avons également bien senti la fin de l’été. Les températures ont commencé à baisser, les nuits et les matinées sont devenues beaucoup plus humides, et les journées raccourcissent nettement. Notre dernière baignade remonte d’ailleurs à notre passage avant la Camargue.

La fréquentation a elle aussi beaucoup changé. La haute saison est désormais terminée : nous croisons nettement moins de bateaux en mer et les ports sont bien moins remplis qu’au cœur de l’été.

Pour profiter au maximum des fenêtres météo, nous avons également pris l’habitude de partir de plus en plus tôt, souvent en nous levant à l’aube pour partir dès le lever du soleil.

De son côté, Nouille continue de prendre confiance. Elle sort de plus en plus souvent, y compris pendant les navigations. Désormais, dès que nous ralentissons ou que nous entrons dans un port, elle n’attend même plus que Janjak soit amarré pour venir explorer le pont !

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