Mer Ligure

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Au 15 août :

31

jours

sur Janjak

160

milles nautiques

navigués sur la Méditerranée

Entrée en Italie

15 et 16 août

Ce samedi 15 août, nous quittons le port de Menton en direction de l’est, cap sur l’Italie. Zoë devant prendre son avion à Gênes le 27 août, nous devons avancer en moyenne de 8 milles nautiques par jour afin d’arriver la veille au port.

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Au moment de franchir la frontière maritime, nous hissons le pavillon de courtoisie italien. Cette tradition, bien que non obligatoire en Italie, reste importante par respect : il s’agit d’arborer le pavillon du pays visité sous la barre de flèche tribord, sans retirer le pavillon français réglementaire à la poupe. Zoë et Etienne montent au mât pour effectuer la manœuvre… et cassent la drisse de signaux, qui sert également pour tenir notre feu de mouillage. Un simple nœud permet de réparer provisoirement, et le pavillon italien peut finalement flotter à sa place.

Le vent est une nouvelle fois absent. Nous parcourons donc environ 8 milles nautiques au moteur avant de viser un mouillage près du port d’Ospedaletti. En approchant de la baie, Etienne aperçoit deux ailerons à la surface ! Deux grands dauphins nagent, s’éloignant de la côte.

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Le mouillage est correct, mais légèrement inconfortable pour cette première nuit en Italie, en raison d’une houle persistante. Nous comprendrons rapidement que toute la zone est soumise à ce mouvement constant, rendant difficile la recherche d’un abri parfaitement calme.

Le dimanche 16 août, le vent est toujours absent au matin. Nous avançons donc à nouveau au moteur jusqu’à Sanremo, où nous faisons une pause pour déjeuner. Du vent étant annoncé pour l’après-midi, nous repartons avec l’espoir de naviguer enfin à la voile.

Les conditions restent d’abord très calmes, ce qui nous permet de tester le gennaker. Nous sortons la voile de son sac, l’installons, la hissons et la déroulons… et tout fonctionne parfaitement. Cette voile légère, utilisée à la place du génois, se gonfle même sous un vent à peine perceptible, nous permettant d’avancer à 3-4 nœuds.

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Un peu plus tard, le vent se renforce. Le gennaker étant plus délicat à affaler lorsque le vent monte, nous décidons de le replier pour repasser au génois. Nous poursuivons alors notre route à une vitesse comprise entre 4 et 5 nœuds. En chemin, nous apercevons quelques poissons volants planer au-dessus de l’eau.

Au fil des heures, le vent et la houle continuent de se renforcer. Nous approchons du port d’Imperia, où un mouillage est indiqué comme offrant une bonne tenue d’ancre. Cependant, malgré une accroche correcte, la zone reste très exposée à la houle, annoncée en augmentation pour la soirée. Nous décidons donc de relever l’ancre et de poursuivre quelques milles plus loin, jusqu’à Diano Marina, où une digue offre un abri plus rassurant. Une fois installés et enfin au calme, nous profitons d’un apéritif pour célébrer notre arrivée en Italie. 

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Dans la nuit, les conditions changent. Le vent et la houle tournent, rendant la digue inefficace. Le bateau est secoué. L’alarme de glissement du GPS se déclenche, nous réveillant en sursaut. Nous restons vigilants un long moment pour vérifier que l’ancre tient correctement. Finalement, tout reste en place, mais la nuit est agitée et peu reposante pour nous trois.

Imperia

17 au 18 août

Depuis quelques jours, Amandine souffre d’un problème à l’œil, ce qui nous oblige à chercher une pharmacie. Cependant, il est difficile d’accoster en annexe en pleine saison estivale, les plages étant soit privées, soit bondées. Ce lundi 17 août, nous décidons donc de rejoindre le port de Porto Maurizio, à Imperia, pour y passer une nuit.

Cette première expérience dans un port italien contraste avec celles vécues en France : peu d’échanges à la radio, aucune indication claire sur les emplacements, et pas de numérotation des quais. Un agent du port s’approche en annexe et nous lance une clé sans explication. Nous comprenons finalement que nous avons une place en bout de ponton, dans une allée suffisamment large pour manœuvrer sereinement. L’amarrage se déroule donc sans difficulté.

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Peu après notre installation, un violent orage éclate. Une averse de grêle particulièrement intense s’abat pendant une vingtaine de minutes, qui nous semblent bien plus longues. Nous redoutons des dégâts sur les hublots et les panneaux solaires, fortement sollicités par les grêlons. Les éclairs frappent à proximité, notamment les antennes du port.

Pendant l’averse, nous repérons plusieurs infiltrations d’eau au niveau des fenêtres, qu’il faudra réparer. Si elles restent peu graves, nous constatons également que de l’eau s’infiltre depuis le poste de commande extérieur jusqu’au placard électrique à l’intérieur. Par précaution, nous coupons l’ensemble de l’alimentation électrique du bord le temps de sécher les zones touchées.

Au final, l’orage permet de faire chuter la température sans causer de dégâts majeurs, si ce n’est la perte d’un petit catadioptre en tête de mât. Cette expérience confirme toutefois qu’il reste encore des travaux d’étanchéité à réaliser.

Une fois le bateau remis en ordre, nous partons dîner dans la vieille ville d’Imperia. Les restaurants du port sont soit complets, soit victimes d’une coupure de courant. Nous montons donc jusqu’à la basilique pour trouver un restaurant dans ce quartier calme.

Le lendemain matin, comme souvent, nous devons quitter le port avant midi. Amandine et Zoë s’occupent de la laverie, de la pharmacie et de la station-service, tandis qu’Etienne remplit les réservoirs d’eau et prépare le bateau pour le départ.

Finale Ligure

18 au 20 août

Nous poursuivons notre route en remontant le golfe en direction de Gênes. La mer est plus formée et le mal de mer de Zoë réapparaît. Il y a très peu de bateaux, mais également peu de vent, hormis lors de rafales liées aux orages.

Les mouillages de la zone offrent peu de protection, mais nous devons continuer d’avancer pour assurer le vol de Zoë. Nous naviguons donc principalement au moteur et jetons l’ancre à proximité du port de Finale Ligure, afin de nous abriter partiellement de la houle.

Malgré cela, les conditions restent agitées, surtout en début de nuit, même si l’ancre tient correctement. 

Les prévisions météo se dégradent : des orages sont annoncés sur plusieurs jours, avec des vagues pouvant atteindre 2,20 mètres. Il devient nécessaire de trouver un abri sûr. Les mouillages étant trop exposés, nous décidons de rejoindre un port.

Nous mettons le cap sur Savone, où un mouillage abrité existe derrière le port. En route, après avoir contacté plusieurs ports, celui de Savone confirme qu’il pourra nous accueillir du 20 au 23, le temps que les conditions s’améliorent.

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Sur place, le mouillage offre un abri relatif, mais la houle reste présente. Nous parvenons néanmoins à nous baigner et à dîner, même si le début de nuit est fatigant.

Le lendemain matin, après une accalmie, le vent se lève de nouveau et la mer se forme rapidement. Face à la dégradation des conditions, nous demandons à entrer au port plus tôt que prévu.

La remontée de l’ancre s’avère particulièrement sportive. Pendant qu’Amandine maintient le bateau face aux vagues et au vent, Zoë et Etienne s’occupent de la chaîne. Celle-ci remonte difficilement, régulièrement tirée vers le fond par les mouvements de la mer, faisant repartir plusieurs mètres dans l’eau. Les vagues balaient le pont et, pour la première fois, nous devons nous attacher avec des harnais pour assurer notre sécurité.

Une fois l’ancre relevée, nous pénétrons dans le port, qui débute par un vaste bassin capable d’accueillir des paquebots. Le vent s’y engouffre, rendant le bateau peu manœuvrant. Les emplacements pour les bateaux de plaisance se situent plus loin, derrière un pont tournant qui s’ouvre sur demande via la VHF.

Amandine maintient difficilement le bateau en attente devant le pont, tandis qu’Etienne tente de joindre le port par radio, sans succès, tout en installant les pare-battages, tandis que Zoë retient le haut-vent qui s’est déchiré et menace de s’envoler. C’est finalement par téléphone que nous obtenons une réponse : le pont va s’ouvrir.

Une fois de l’autre côté, les allées sont étroites. Bien que le port soit relativement abrité, certaines rafales continuent de pousser le bateau. Malgré ces conditions et la tension du moment, Amandine réussit une manœuvre précise avec l’aide d’Etienne, de Zoë, des voisins et d’un agent du port, nous permettant de nous amarrer sans incident dans une place particulièrement serrée.

Savona

20 au 23 août

L’orage se rapproche, accompagné de la pluie. Depuis Imperia, nous savons que nous avons des problèmes d’étanchéité, mais comme il pleut un jour sur deux, impossible de faire les joints correctement. Etienne et Zoë installent des bâches de protection, surtout pour éviter toute infiltration d’eau dans le système électrique. Pendant ce temps, Amandine recoud le haut-vent.

La pluie arrive. Les bâches tiennent bien. Nous mangeons à l’abri, à l’intérieur du bateau, pour la première fois depuis le départ. Après le dîner, nous nous installons dans le carré pour regarder un film. 

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Le vendredi 21 au matin, il pleut encore par averses jusqu’à 10h30. L’eau s’infiltre par les quelques points déjà identifiés, mais sans atteindre le circuit électrique. En revanche, l’onduleur et le circuit 12V présentent des comportements étranges, avec des coupures et des reprises intermittentes.

Le ciel finit par se dégager et nous pouvons prendre l’apéritif dans le cockpit. L’après-midi, sous un temps enfin plus clément, nous partons découvrir Savone. La ville est plutôt vide, les commerces et restaurants sont majoritairement fermés. Nous visitons la basilique, les ruelles de la vieille ville et la forteresse labyrinthique. Nous faisons aussi un passage dans le magasin d’accastillage, enfin ouvert, pour acheter quelques petites pièces. 

Le samedi 22, après une matinée tranquille consacrée au bricolage et un bon apéritif dans le cockpit, nous partons l’après-midi vers une boutique de souvenirs près des quais. Un grand paquebot de croisière est amarré dans la darse, ce qui amène de nombreux touristes à terre. La ville s’anime, les boutiques ouvrent et les rues se remplissent. Seul le vieux port conserve son calme.

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Nous en profitons pour faire les corvées habituelles au port : essence, laverie, courses. Le soir, nous sortons dans la rue commerçante du centre-ville et dînons dans un restaurant de pâtes italiennes.

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Le 23 au matin, nous quittons Savone en passant devant le paquebot de croisière, à côté duquel Janjak paraît minuscule.

Arenzano

23 au 25 août

En quittant Savone, nous parvenons à hisser un peu les voiles et avançons à 4-5 nœuds. Puis le vent tombe brutalement. Le voilier devant nous s’arrête net, pivote sur lui-même et affale ses voiles. Nous faisons de même, le souffle ayant disparu en quelques instants. Nous continuons donc au moteur, en évitant des débris de branches et des amas de déchets charriés par l’orage des jours précédents, susceptibles d’endommager notre hélice. Etienne surveille l’avant pour donner les consignes d’évitement, Amandine tient la barre et Zoë veille à ce que rien ne se prenne dans l’hélice.

Nous arrivons devant le port d’Arenzano et jetons l’ancre. La houle rend le mouillage assez rouleur, comme souvent sur cette côte ligure. Contrairement à la France, les Italiens utilisent systématiquement la boule noire de mouillage, un signal permettant d’indiquer qu’un bateau est à l’ancre. La nuit, elle est remplacée par le feu de mouillage au mât. C’est la première fois que nous utilisons la nôtre.

L’après-midi, Zoë et Amandine gonflent les bouées et vont se baigner jusqu’à la plage, faite de galets. La nuit se déroule ensuite de manière relativement calme. 

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Le lundi 24, après un début de journée tranquille, nous attendons les heures moins chaudes pour mettre l’annexe à l’eau. Le port nous permet de nous amarrer quelques heures afin de descendre à terre. L’opération se passe bien et nous maîtrisons de mieux en mieux l’annexe. Les quais sont très hauts et nous devons nous hisser depuis l’échelle pour rejoindre le port.

Nous visitons Arenzano : le parc de la mairie, l’église où se déroule une messe enregistrée, les ruelles commerçantes étroites et le front de mer, avant de rentrer au bateau. 

Des orages sont encore annoncés dans la région, mais plutôt sous forme de pluie légère à Arenzano. Nous préparons donc le bateau en rallongeant la chaîne d’ancre et en installant les bâches. Nous dînons dehors puis allons nous coucher.

La houle se lève progressivement au fil des heures, rendant la nuit inconfortable. Quelques rafales viennent pousser le bateau. Nous sommes rapidement debout tous les trois : Janjak semble légèrement glisser et les vagues augmentent.  Quand la mer commence à déferler et que le bateau tape dans la houle, nous contactons le port d’Arenzano pour chercher refuge. Après quelques échanges compliqués en italien, nous obtenons l’autorisation d’y entrer. 

Vers 3h du matin, nous enfilons gilets de sauvetage, harnais et lampes frontales par-dessus nos pyjamas. Le plus délicat reste de remonter l’ancre dans ces conditions. Amandine et Zoë sont à l’avant, Etienne à la barre. La manœuvre est longue avec les 30 mètres de chaîne à remonter, mais elle se déroule finalement fluidement. 

Amandine prend ensuite la barre pour entrer dans le port, guidée par les feux d’entrée pour éviter les digues. À l’intérieur, aucun agent portuaire n’est présent, seulement un agent de sécurité ne parlant pas anglais et peu habitué à l’assistance nautique. Heureusement, plusieurs places sont disponibles sur le quai d’entrée, ce qui nous laisse de l’espace pour manœuvrer. Le vent plaque néanmoins le bateau contre tribord, alors que nous devons nous amarrer cul au quai, en pendille. Après plusieurs minutes difficiles, nous parvenons à stabiliser le bateau et à installer les amarres. 

La nuit reste agitée, avec des rafales et des à-coups répétés. Le repos est court et peu réparateur. 

Le ponton est très haut, ce qui rend les allers-retours compliqués, avec un saut nécessaire entre le bateau et le quai. Nous donnons une pâtée à Nouille pour la calmer après les événements. 

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Le lendemain, en consultant la météo, nous constatons que la mer restera agitée toute la journée. Nous demandons donc à rester une nuit supplémentaire à Arenzano.

L’après-midi se déroule au calme, puis nous retournons en ville. Nous réalisons aussi que la boule de mouillage a été perdue dans la houle de la veille... 

Direction Gênes

26 août

Ce mercredi 26 août, nous quittons Arenzano vers 10h pour rejoindre Gênes vers midi, en traversant en ligne droite en nous éloignant de la côte.

Au début, nous avançons au moteur en raison de l’absence de vent, même si la météo annonce une légère brise à venir. Le ciel est bas et un rideau de pluie masque Gênes au loin, tandis que la mer reste agitée. Des stalactites nuageuses sombres apparaissent sous la base des nuages. Nous évoluons dans une zone fréquentée par de nombreux porte-conteneurs en route vers le vaste port de Gênes, qui s’étend sur une quinzaine de kilomètres le long de la côte.

Soudain, une trombe marine (tornade sur la mer) se forme et progresse rapidement vers Gênes. Nous changeons de cap et enfilons nos gilets de sauvetage. À sa base, l’eau est aspirée et soulevée par le tourbillon. La trombe finit par se dissiper contre la digue du port, mais plusieurs autres apparaissent ensuite au large. Elles se forment et disparaissent en quelques minutes, nous obligeant à surveiller constamment leur trajectoire et à adapter notre route. Nous naviguons ainsi entre ces tourbillons pendant une bonne demi-heure.

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Mais certaines grosses trombes marines commencent à apparaitre proche de nous, et nous poussent à nous rapprocher de la côte pour trouver un abri derrière la digue ouest. Nous entrons dans une zone de pluie plus dense, mais la mer s’y calme nettement. La houle disparaît et les rafales sont atténuées. Nous longeons alors l’intérieur du port, au milieu des cargos et des installations industrielles. Nous devons toutefois quitter cet abri à mi-parcours, la suite du trajet étant réservée aux porte-conteneurs. Nous poursuivons donc par l’extérieur de la digue, dans une houle toujours marquées, croisée, perturbée, mais les trombes marines sont derrière nous

Nous atteignons finalement l’entrée du port sous le soleil, après un trajet de 3h30 mouvementé. 

Le port de Porto Antico nous attribue une grande place en double. C’est souvent le cas quand on indique être un catamaran, même si Janjak est tout petit. Les ports ne veulent pas comprendre qu’avec nos 4 mètres de large, nous rentrons sans problème dans la place d’un monocoque de 11-12 mètres. Nous payons donc souvent plus cher, sans besoin, et nous retrouvons avec de très grandes places.

L’amarrage se déroule sans difficulté, Amandine prenant de mieux en mieux en main les manœuvres au port, en s’aidant même du vent.

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Gênes

26 et 27 août

Nous visitons Gênes : le port avec une reconstitution de bateau pirate, le centre historique, la cathédrale, et le Castelletto, belvédère accessible après une (très) longue montée d’escaliers offrant une vue sur la ville. Nous dégustons ensuite une glace : gorgonzola et fior di latte pour Amandine, noisette et tiramisu pour Zoë.

La ville est nettement plus grande que les précédentes, plus dense et plus animée, avec de nombreuses ruelles étroites et une forte déclivité. La chaleur est importante, accompagnée d’une humidité lourde.

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Le soir, nous dînons dans une pizzeria pour le dernier jour de Zoë, qui doit prendre l’avion le lendemain matin. Elle et Etienne choisissent une pizza saucisse-frites, spécialité locale surprenante plutôt destinée aux enfants. Amandine prend une pizza aubergines-fromages. Nous rentrons ensuite nous coucher. Zoë et Amandine se lèvent à 4h pour partir.

À 5h, elles prennent un taxi pour l’aéroport de Gênes, puis attendent le vol en prenant un petit déjeuner. Puis Amandine revient au bateau, nous revoilà plus que deux (plus Nouille) à bord. 

Nous allons chercher de l’essence à pied, sans parvenir à atteindre une station-service. Nous décidons donc d’utiliser la pompe du port directement avec le bateau. C’est la première fois que nous effectuons ce type de manœuvre. Il y a de l’attente et nous restons à l’arrêt dans le bassin. Nous faisons le plein des jerrycans puis repartons vers le sud-ouest, d’où nous venons. 

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Réflexion sur notre itinéraire


Les conditions météorologiques rencontrées dans le bassin de Gênes modifient progressivement notre perception du trajet initial. L’enchaînement d’orages et de périodes de mauvais temps remet en question la faisabilité d’une progression continue vers Malte avant l’hiver, ainsi que la traversée de la Sicile vers Malte en pleine saison hivernale. Cette expérience concrète de navigation met en lumière les contraintes réelles du parcours envisagé.  En recoupant les observations avec les retours d’autres plaisanciers, un constat se précise : la côte italienne en hiver peut devenir difficile à gérer. Beaucoup recommandent un hivernage de plusieurs mois au port, en raison de périodes prolongées d’immobilisation et de conditions peu propices à la navigation. Il apparaît de plus en plus évident que notre idée d'un hivernage court, limité à un mois au mouillage à Malte, serait insuffisant dans ce contexte. 
La réflexion évolue alors vers une organisation différente de la saison : un hivernage de trois mois en port, de décembre à février. Reste à déterminer le lieu de cet hivernage. Plusieurs options se dessinent à partir des recommandations de navigateurs expérimentés en Méditerranée : la Grèce, la Sardaigne et l’Espagne.

Pendant un temps, la Grèce et plus précisément le Péloponnèse apparaissent comme un choix pertinent. Cette option permet de rester globalement aligné avec l’itinéraire initial tout en offrant l’opportunité de découvrir une région encore inconnue pendant la période hivernale. Ce choix implique cependant un rythme de navigation soutenu en début de parcours : 15 à 20 milles nautiques par jour, soit 6h de navigation par jour en moyenne, pour franchir rapidement le détroit d’Otrante début novembre. L’objectif serait ensuite de descendre vers la Grèce avant l’hiver, puis de remonter et explorer les îles et zones d’intérêt au printemps, sur le chemin du retour.  
Cependant, dans le golfe de Gênes, l’accumulation d’orages et de fenêtres météo défavorables change la donne. Les périodes d’attente au port se multiplient, offrant un aperçu concret des conditions possibles sur l’ensemble de la côte italienne en automne. Ce constat rend de moins en moins réaliste l’idée de maintenir un rythme régulier important permettant d’atteindre la destination dans les temps.
La Sardaigne ne nous convainc pas pleinement. L’absence de grande ville adaptée à un hivernage long et le manque de cohérence avec la suite du parcours limitent son intérêt.
L’Espagne devient alors l’hypothèse la plus sérieuse. Les recherches et comparaisons montrent une navigation globalement moins technique que sur la côte italienne, ainsi qu’une météo d’automne plus prévisible. Les possibilités de mouillages abrités sont plus nombreuses, notamment jusqu’à Valence, ce qui permettrait de réduire le recours systématique aux ports. Le climat, plus ensoleillé et nettement moins pluvieux e, hiver, constitue également un avantage marqué par rapport à l’Italie et à la Grèce.
Dans ce cadre, quatre destinations principales émergent pour l’hivernage : Valence, Alicante, Carthagène et Almería. Le port d'Alicante nous répond rapidement et nous offre un environnement urbain vivant toute l’année, compatible avec un hivernage prolongé. Nous nous engageons donc pour hiverner à Alicante.

La décision finale marque une réorientation nette de l’itinéraire initial. Le choix se porte sur un retour vers l’ouest, en longeant la France puis en passant la frontière espagnole vers la mi-octobre, afin d’organiser l’hivernage sur la côte méditerranéenne espagnole.  Cette décision s’accompagne d’une certaine frustration, avec l’abandon de plusieurs étapes emblématiques du parcours prévu, en particulier les îles Éoliennes, qui ne pourront pas être intégrées à cet itinéraire. 

Retour à Savona

27 août

Nous quittons Gênes avec l’ambition de parcourir 30 milles nautiques jusqu’à Finale Ligure. L’objectif est de sortir rapidement du golfe de Gênes, où les conditions ne nous permettent pas de naviguer comme nous le souhaiterions. La mer est calme, le ciel voilé (ce que la météo locale appelle “ensoleillé”) et il n’y a pas de vent. Nous avançons donc au moteur, en ligne droite, en nous éloignant de la côte.

Nous avions prévu de passer la nuit au mouillage le 27, mais la houle est annoncée en hausse, avec un risque d’orage pendant la nuit. Le port de Finale Ligure refuse les catamarans par principe, et nous redirige vers un autre port, trop éloigné pour nous. Nous recontactons donc Savone, plus proche. Après quelques échanges, ils finissent par nous trouver une place, prévue pour un monocoque, ce qui nous convient parfaitement.

Après quatre heures de navigation au moteur, ponctuées par un déjeuner en route, nous arrivons à Savone. Le pont rotatif est en train de se refermer : nous l’avons manqué de quelques minutes. Nous devons attendre un quart d’heure que la capitainerie le rouvre. En attendant, nous nous amarrons le long d’un ponton technique dans la darse. C’est la deuxième fois que nous nous mettons en longside. 

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La mer est annoncée agitée pour les trois à quatre jours suivants, avec des vagues dépassant un mètre. En l’absence de mouillages protégés dans la zone, nous sommes contraints de rester au port. Nous passerons finalement quatre nuits à Savone. 
Anecdote : pendant notre attente, un petit dériveur sans moteur a bloqué la sortie d’un gigantesque paquebot de croisière. Le voilier avançait à peine, aidé par une rame, en plein milieu de la darse. Le paquebot, sur sa trajectoire de sortie, a dû longuement klaxonner avant que quelqu’un ne vienne remorquer le dériveur. Nous avons croisé son skipper plus tard dans le port, qui nous a raconté toute l’histoire.

Savona 2

28 au 30 août

Pendant ces quelques jours au port, plutôt calmes, Nouille prend de plus en plus ses aises. Elle sort désormais tous les soirs, parfois même la nuit, et se promène sur le toit, jusque sur le haut-vent. Elle semble beaucoup moins sur ses gardes et profite pleinement de la vie à bord, surtout lorsque le bateau est à l’arrêt.

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Le samedi 29 août, après s’être occupés (encore) de la couture du haut-vent et de la quête d’essence (toujours), nous allons au Street Fest de Savone, un petit festival dédié à la culture urbaine. En début de soirée, l’ambiance est très familiale. Nous dégustons un smash burger, un cocktail et une fritelle garnie de crème au Kinder Bueno.

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Le lendemain, en attendant la fin de la lessive, nous cherchons un café ouvert, sans succès : tout est fermé le dimanche. Nous profitons ensuite du temps libre pour effectuer un grand nettoyage du bateau et du moteur, à base de vinaigre, de brossage et de jet d’eau. Le bateau retrouve une belle blancheur… reste à voir pour combien de temps.

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Imperia 2

31 août

Nous quittons Savona le plus tôt possible, à 9h, dès l’ouverture du pont pivotant. Une longue journée de navigation nous attend : nous avons prévu d’avancer au moteur et de parcourir un maximum de distance pour enfin quitter le golfe de Gênes.

À l’origine, nous pensions passer la nuit au mouillage. Mais, une nouvelle fois, les prévisions évoluent et annoncent une houle plus importante que prévu, avec la perspective d’une nuit particulièrement inconfortable. En milieu d’après-midi, alors que nous sommes dans une navigation calme, mais avec une houle grossissante, nous commençons à contacter les ports situés sur notre route.

Les réponses ne sont pas très encourageantes : certains sont complets, d’autres n’acceptent pas les catamarans. À Imperia, on nous explique qu’il est impossible de nous confirmer s’il reste une place, à cause d'un événement, et qu’il faudra nous présenter directement à l’entrée du port avant de contacter la capitainerie par radio. Difficile, dans ces conditions, d’anticiper notre escale.

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Lorsque nous arrivons devant Porto Maurizio, à Imperia, nous les contactons à nouveau. Cette fois, on nous demande d’entrer et d’attendre qu’un agent vienne nous guider jusqu’à notre emplacement. En pénétrant dans le port, nous constatons pourtant qu’il reste de nombreuses places libres. Mais personne ne vient à notre rencontre et nos appels radio restent sans réponse. Après une dizaine de minutes à patienter, des agents finissent par arriver en bateau et nous indiquent simplement de nous installer… exactement à la même place que lors de notre précédent passage.

Nous passons donc une nouvelle nuit à Imperia qui, si tout se déroule comme prévu, sera notre dernière en Italie. Avant de quitter le pays, Amandine aimerait goûter un dernier spritz au limoncello. Malheureusement, impossible d’en trouver à proximité du port.

Le lendemain, au moment du départ, le vent complique légèrement la sortie de notre emplacement. Janjak dérive vers le bateau voisin et nous devons nous appuyer délicatement dessus pour nous repousser. Amandine gère la barre pendant qu’Etienne s’occupe des pare-battages et maintient le bateau voisin à distance avec le pied. Notre voisin italien, plutôt âgé, apprécie assez peu la manœuvre et nous gratifie de quelques « no, no, no ! », alors que nous nous écartons doucement de son bateau.

Après déjà quelques semaines à bord de Janjak, nous commençons à prendre du recul sur notre voyage et à mesurer le chemin parcouru depuis notre départ.
- Nous avons notamment constaté une vraie différence entre la navigation sur la Côte d’Azur française et celle dans le golfe de Gênes, en Italie. La météo, la technicité de la navigation et la qualité des mouillages nous ont offert des expériences assez différentes.
- De notre côté aussi, beaucoup de choses ont évolué. Nous sommes désormais bien plus à l’aise lors des manœuvres dans les ports et, par conséquent, beaucoup moins stressés. 
- Même constat pour le mouillage : jeter l’ancre, vérifier sa tenue puis repartir est désormais devenu une formalité. Paradoxalement, les différentes mésaventures rencontrées dans le golfe de Gênes nous ont aussi rendus beaucoup plus prudents. Nous hésitons moins à choisir un port lorsqu’un doute existe sur les conditions météo. 
- Nouille aussi semble avoir trouvé ses marques. Elle est beaucoup plus à l’aise à bord et nous sommes rassurés de la voir se promener tranquillement sur le bateau. Elle continue malgré tout à dormir une bonne partie de la journée… mais finalement, pas beaucoup plus qu’à la maison.
- Nous commençons également à ressentir une légère baisse des températures, ce qui est particulièrement appréciable après les fortes chaleurs des dernières semaines, même s’il fait encore bien chaud.
- Côté navigation, nous avons progressé. Nous analysons mieux les conditions de vent et de mer, comprenons davantage le comportement du bateau et sommes plus à l’aise dans la mise en place des voiles. Nous restons cependant un peu frustrés de ne pas avoir pu naviguer davantage à la voile ces derniers temps, contrairement à nos premières semaines le long des côtes françaises.
- Les traversées sont également devenues plus sereines grâce au pilote automatique. Nous sommes moins focalisés en permanence sur la barre et pouvons profiter des navigations pour faire autre chose à bord, tout en maintenant évidemment une veille constante sur notre environnement.
- Enfin, notre quotidien à bord est devenu beaucoup plus naturel. Nous nous sommes progressivement amarinés et les gestes simples de la vie quotidienne demandent désormais moins d’efforts. Cuisiner, faire la vaisselle ou simplement se déplacer dans le bateau en navigation devient de plus en plus facile.

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